Publié 18 mars 2013 par Martin Gagnon dans Pédagogie et technologies
 
 

Exerciseurs en ligne, valeur ajoutée?

L’intention de ce billet n’est pas de présenter de manière négative l’utilisation des exerciseurs en classe.  Je propose de recadrer son utilisation en classe et susciter une réflexion chez les enseignants(es).

 

Les TIC en pédagogie sont utilisées pour différentes raisons:

  • L’ordinateur comme outil de consultation
  • L’ordinateur comme outil de gestion de l’information
  • L’ordinateur comme exerciseur
  • L’ordinateur comme outil de communication
  • L’ordinateur comme outil de production

 

Un exerciseur est un travail, un devoir donné à un élève en application de ce qu’il a précédemment appris. Les exerciseurs sont encore plus populaires grâce à l’arrivée des TIC et de nombreux exercices en ligne. Cependant, la facilité technique ne doit pas faire oublier les limites pédagogiques d’un exerciseur.

L’exercice est utile pour faire apprendre par cœur des petites choses comme des tables de multiplication. La matière n’est pas nécessairement expliquée, ce serait un tutoriel mais c’est la pratique qui compte pour que son usage devienne automatique en quelque sorte. L’intervention de l’enseignant est mince, c’est l’élève qui n’a qu’à répondre à la machine et les difficultés des questions dépendent bien souvent des performances de l’élève. Ces programmes sont un calque de l’enseignement programmé, lui-même le fruit du béhaviorisme: un stimulus – une réponse – un renforcement positif – une évaluation. En cas de succès, l’exercice suivant est proposé, sinon, il y a reprise. L’ordinateur de l’époque était bien adapté pour ce genre d’opération, cette machine à calculer sophistiquée pouvait facilement être programmée pour compter les bonnes réponses et présenter les questions une à une. L’exercice de répétition demeure efficace pour des choses simples.

1) les exerciseurs conviennent surtout pour des apprentissages de base (connaissance, compréhension, application) ;

2)nous ne pouvons pas changer le contenue des exerciseurs à moins de les fabriquer.

Pour ces deux raisons, il faut les utiliser avec vigilance.

1. Acquisition d’automatismes relativement aux connaissances de base. Un exerciseur rend possibles des séquences illimitées de « drill and practice », ce qui est excellent pour l’acquisition de connaissances qui passent par la mémorisation , ou qui doivent devenir des automatismes. Dans ce cadre, un apprenant peut s’entraîner et s’autoévaluer avec profit en fonction d’objectifs de formation qui doivent être définis au préalable et, bien entendu, lui être communiqués.

2. Individualisation. L’utilisation d’un exerciseur permet à chaque apprenant de travailler à son rythme.

3. Économie de temps de classe. Les exercices peuvent être faits en dehors des séances en présentiel. Ainsi, on peut récupérer du temps de classe pour la réalisation d’activités d’apprentissage de niveau supérieur.

4. Léger gain de motivation. Un exerciseur introduit de la variété dans les outils de travail fournis à l’élève accroître  sa motivation.

5. Rétroaction immédiate. Quand un apprenant travaille avec des exercices imprimés, qu’il remet à son enseignant pour évaluation, il y a habituellement un délai entre la fin de l’exercice et la réception de la correction. Un exerciseur médiatisé permet une réception instantanée du feedback et de la correction. Or, plus une erreur éventuelle est vite corrigée, plus la pratique correcte est acquise rapidement et en profondeur.

6. L’apprentissage par coeur. Certains théoriciens de l’éducation louent le besoin de recourir à l’apprentissage d’habiletés supérieures. Les exerciseurs qui décontextualisent souvent un problème contribueraient à faire ressortir ces points qui reposent essentiellement sur la mémoire brute. (Roblyer, Edwards, Havriluk, 1997).

Limites d’un exerciseur

Le potentiel pédagogique de ce type de ressource est faible, sa puissance comme instrument d’apprentissage est restreinte.

On peut apprécier les limites d’un exerciseur en les situant sur l’échelle taxonomique bien connue de Bloom (domaine cognitif) : le plus souvent le potentiel d’un exerciseur ne dépasse pas les deux premiers niveaux de cette taxonomie (qui en comprend six), soit l’acquisition de connaissances et la compréhension, les autres niveaux étant l’application, l’analyse, la synthèse et l’évaluation.

On ne devrait pas utiliser la formule de l’exerciseur pour attribuer des notes, autrement dit transformer l’exerciseur en « test objectif noté ». En effet, la performance testée avec ce type d’instrument n’est pas nécessairement représentative du rendement de l’apprenant.

Si nous voulons que l’ordinateur devienne un outil pour apprendre, il faut varier son utilisation.

Références

Projet Grenoble Campus Ouvert (GRECO) (2004). TICE et QCM. Grenoble : le GRECO. Rédacteurs : Daniel Seyve et Jérémie Grepilloux. Les Dossiers thématiques de GRECO. [En ligne]. Récupéré le 2 mai 2006 du site : http://greco.grenet.fr/webgreco/documents/dossier_greco_qcm.pdf

NTIC.ORG / Vitrine APO (2006). Guide Internet et Éducation. Montréal : Vitrine APO. [En ligne]. Récupéré le 25 avril 2006 du site : http://ntic.org/prospecter/guideinternet.pdf

http://www.profetic.org/dossiers/spip.php?article979


Martin Gagnon