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Publié 25 octobre 2011 par Martin Gagnon dans Activité TIC
 
 

L’écriture et les TIC

N.B. : Dans ce document, le genre masculin est utilisé comme générique, dans le seul but d’alléger le texte.

Cet texte est paru dans Québec Français en 2010

Auteures : Martine Paré et Lucie Paré

 

Traitement de texte : processus ou produit?

L’écriture demeure au cœur du développement de compétences en français. Dans un monde en constante évolution, où les technologies occupent une place prépondérante, on peut se demander quel rôle celles-ci ont à jouer au regard de l’apprentissage du français. Comment, par exemple, les outils de traitement de texte peuvent-ils contribuer à améliorer le processus d’écriture et la qualité de la langue? Peuvent-ils au contraire nuire à l’amélioration du français écrit chez les élèves? Peut-on en faire fi au XXIe siècle? D’autant plus que le Programme de formation de l’école québécoise fait mention, à plusieurs égards, de l’exploitation du traitement de texte, d’abord à titre de stratégie de correction, puis comme suggestion d’exploitation technologique.

 

Aussi, les conseillers pédagogiques du Bureau du développement des TIC[1] en pédagogie, du Service des ressources informatiques de la Commission scolaire de Montréal, se sont penchés sur la question. Cet article tentera donc d’amener le lecteur à réfléchir à la valeur ajoutée de l’exploitation d’un outil de traitement de texte dans le développement de la compétence à écrire. Différents aspects des outils de traitement de texte seront mis en exergue et expliqués en contexte d’apprentissage de la langue afin d’y voir plus clair.

 

Une croyance populaire

On pourrait croire, de prime abord, que de travailler un texte à l’ordinateur pourrait nuire à l’apprentissage, sous prétexte que ce dernier fait tout le travail à la place de l’élève : soulignement de mots mal orthographiés, correction automatique des majuscules en début de phrase, etc. Cette conception laisse sous-entendre que le travail de scripteur appartiendra entièrement à celui qui aura produit son brouillon de façon manuscrite, et que les connaissances que l’on vérifiera par la suite seront bel et bien les siennes. Mais qu’en est-il réellement? Se pourrait-il que le logiciel de traitement de texte ne fasse pas vraiment le travail « à la place de » et que, bien au contraire, il offre une valeur ajoutée tant à l’élève, qui développe sa compétence à écrire, qu’à l’enseignant dans son rôle d’accompagnateur?

L’acte d’écrire

Avant de parler de valeur ajoutée de l’outil de traitement de texte, revenons d’abord sur l’acte d’écrire lui-même afin d’en dégager tous les éléments le constituant. La production d’un texte, peu importe le genre, exige toujours plusieurs étapes : sa planification, l’écriture d’un premier jet, sa révision, sa correction, sa mise au propre, puis sa diffusion. Bien que la démarche d’écriture soit présentée de façon linéaire, le scripteur habile ne procède pas nécessairement de la sorte! En effet, l’acte d’écrire nécessite de nombreux allers-retours de la part de ce dernier, même après avoir planifié rigoureusement son texte, il revisitera ses idées à maintes reprises afin de vérifier la clarté de son propos, l’adaptation à l’interlocuteur, la cohérence textuelle, le regroupement des idées, la concordance des temps, la ponctuation, la syntaxe, les liens entre les phrases, l’orthographe grammaticale et d’usage.

 

Le traitement de texte

Maintenant, voyons comment un logiciel de traitement de texte peut soutenir, de façon efficiente, le scripteur et non s’y substituer, tel que le laisserait sous-entendre la croyance populaire.

 

Tout d’abord, qu’entend-on par « logiciel de traitement de texte »?  Le Grand dictionnaire terminologique[2] en donne la définition suivante : « Ensemble de techniques informatiques qui permettent la saisie, le stockage, la correction, la mise à jour et la mise en forme [de textes] en évitant la transcription manuelle des éléments déjà entrés […] en vue de les conserver, de les transmettre ou de les imprimer. »

On peut, d’ores et déjà, anticiper la puissance de l’outil de traitement de texte pour modifier et corriger un texte à l’écran, évitant, par le fait même, les nombreuses ratures ou les effacements d’informations engendrées inévitablement par l’écriture manuscrite d’un texte, d’où l’efficacité et l’économie de temps dans l’acte d’écrire. Par surcroît, la production finale n’aura exigé que de nombreuses relectures de la part du scripteur et la mise en forme sera d’une très grande qualité.

Au-delà de la possibilité d’exécuter de nombreuses manipulations syntaxiques (déplacement de paragraphes ou d’idées, ajout, suppression ou remplacement de mots), le logiciel de traitement de texte propose d’autres fonctions possédant un potentiel indéniable de soutien au développement de la compétence à écrire.

 

Par exemple, au moment de la révision d’un texte manuscrit, un élève qui devrait relire son texte parce qu’il contient trop de redondances investirait beaucoup de temps au repérage des mots à modifier, temps qu’il pourrait plutôt accorder à la recherche d’une plus grande variété de mots et d’une richesse accrue de son vocabulaire. L’éditeur de texte possède une fonction « Rechercher », permettant d’identifier rapidement le nombre de répétitions d’un mot dans un texte, offrant ainsi à l’élève la possibilité de porter un jugement sur la pertinence d’effectuer une modification.

On pourrait aller plus loin en ce sens en ajoutant à cette fonction celle de « Remplacer ».  Le pauvre élève qui a écrit le même mot, à plusieurs reprises, mais en répétant la même erreur doit prendre le temps de relire la totalité de son manuscrit pour repérer, effacer ou raturer et corriger à chaque fois le mot en question. La fonction « Remplacer » permet de gagner du temps en offrant au scripteur la possibilité de corriger le mot en une seule étape.

Par ailleurs, bien que le logiciel propose toujours une banque de synonymes, il ne peut pas faire le travail à la place de l’élève : celui-ci doit absolument relever le sens du mot, dans son contexte particulier, avant même de trouver une valeur de remplacement tout aussi pertinente.

Quant aux fonctions « Grammaire et orthographe », qui souligne en vert les problèmes d’accords grammaticaux, et en rouge, les erreurs d’orthographe d’usage, ainsi que la « Correction automatique », qui remplace systématiquement, par exemple, la lettre majuscule manquante en début de phrase, elles installent toutes deux le doute chez la personne qui écrit.

Dans le cas de la fonction « Grammaire et orthographe », les expressions soulignées ne comportent pas toujours d’erreurs et à l’inverse, certaines erreurs ne sont pas nécessairement relevées par le logiciel!  La réflexion appartient au scripteur, qui confirmera ou infirmera l’erreur soulignée. Il ne doit pas s’appuyer exclusivement sur la fonction du logiciel, puisque la subtilité de la langue dépasse souvent les capacités d’analyse de la machine… Autrement dit, le logiciel ne réfléchit pas, il agit en fonction de paramètres de système préétablis, par exemple : « sujet, verbe, complément »; « majuscule après le point ». Ainsi, si l’élève n’a pas préalablement bien délimité sa phrase, la présence de la lettre majuscule, commandée par le point et affichée par l’application, ne sera peut-être pas pertinente.

 

Une fois le processus de révision et de correction terminé, non seulement le traitement de texte procure l’avantage d’escamoter l’étape de la mise au propre, inévitable dans une production manuscrite, et pourtant nécessaire à la diffusion, mais encore, la mise en forme devient un jeu d’enfant. En un clic de souris, il devient possible d’apporter de grands changements dans le style de sa présentation : choix et taille de la police de caractères, organisation dans la page (texte centrée, justifié, etc.), ajout d’images, de dessins et de tableaux. Et que dire de la qualité de la présentation : aucune rature, aucun trou ni tache dans la feuille!  Il ne reste au scripteur qu’à imprimer ou à partager sa production écrite avec ses pairs, l’enseignant, les parents, la communauté, quoi!

 

Enfin, les élèves en difficulté, qui ont rarement envie d’écrire, y trouvent aussi leur compte : l’outil de traitement de texte leur permet de mettre à profit leur créativité de scripteur et de construire des textes un peu plus élaborés, leur évitant ainsi la tâche ardue de mise au propre à partir d’un brouillon contenant moult ratures et étant devenu presque illisible.

 

Bref, les auteures de ce texte ont tenté de démontrer comment le logiciel de traitement de texte, de par la richesse des fonctions qu’il possède, peut soutenir le processus d’écriture et permettre à l’élève de bel et bien centrer son attention sur les réels apprentissages à faire, c’est-à-dire ceux liés à l’amélioration de son expression écrite.

 

Qui plus est, la recherche en éducation démontre que le sentiment de compétence de l’élève, la perception de la valeur de soi ainsi que celle du contrôle qu’il a sur la tâche à effectuer à l’aide des TIC influencent grandement son engagement et sa persévérance scolaire.  Or, en ce XXIe siècle, n’est-ce pas le souhait de tous les enseignants que de voir leurs élèves motivés à l’idée d’écrire un texte?

En conclusion, on pourrait sûrement se permettre de croire en la valeur ajoutée d’un logiciel de traitement de texte comme soutien au  développement de la compétence à écrire!


[1] Technologies de l’information et de la communication

[2] OFFICE QUÉBÉCOIS DE LA LANGUE FRANÇAISE. Le Grand Dictionnaire terminologique, [en ligne]. [http://www.oqlf.gouv.qc.ca] (12 mai 2010)


Martin Gagnon

 
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3 commentaires


  1. Avatar de Rita Mutesi
     

    Merci pour l’article. De bonnes pistes d’exploitaton du traitement de texte au cours des différentes étapes du processus d’écriture sont fournies. Une mine d’or pour toutes les écoles cybersavoir dont le sujet est l’écriture.




  2. Avatar de gregoirelo
     

    Cet article permet de voir la compétence à écrire dans sa globalité plutôt que de la restreindre à la correction de l’orthographe d’usage et grammatical! C’est aussi un excellent outil pour développer le vocabulaire pour nos élèves allophones. Merci





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